La banlieue s'embrase
Les politiques se bougent
Les émeutes urbaines interminables font ressurgir plusieurs questions, dissimulées depuis une trentaine d'années. Pourquoi la banlieue demeure-t-elle une zone de non-droit ? Quelles sont les solutions apportées par les politiques successives ? Et enfin quel rôle pour la police dans une atmosphère des violences persistantes.
Pour quelques regards désabusés, la banlieue, n'existe pas, la banlieue n'est que le terme coloré masquant une diversité d'hommes, des femmes, et des cultures à jamais intraitables à l'unité des concepts. Sans se rendre compte, la République a ignoré les aspirations et les ambitions d'une population froissée par l'isolat social et qui demeure vulnérable dans son ensemble.
Fallait-il alors que le ministre de l'intérieur traite une minorité violente et indisciplinée de racaille pour que les esprits s'échauffent et mettent à feu la banlieue.
La France est-elle consciente des espoirs, des peurs et des désirs projetés par l'immense population habitant ce territoire pauvre, sombre, fade et aride ?
La mise à feu spectaculaire des voitures, la dégradation des biens communs et le harcèlement perpétuel des forces de l'ordre, a-t-il mis à nu l'échec de la conception française de l'intégration. En effet, la banlieue renferme aujourd'hui tous les indicateurs de sous-développement ; les taux des chômages élevés, la faiblesse des classes moyennes et l'analphabétisme progressif.
À cet égard les politiques de droite et de gauche n'ont pas pu mettre fin à cette descente rapide et violente de la banlieue. L'économie française endure depuis quelques années, n'a pas pu apporter les remèdes nécessaires à la société. La crise économique a réduit l'efficacité productive et les attentats du 11 septembre ont transformé l'incident de parcours de l'économie à une étape de déclin.
Avant de revenir sur les faits de la crise, faut-il signaler que la chaotique montée des événements a suscité l'indignation générale de la nation française ; traitant de racaille une frange de la population issue des quartiers défavorisés de la Banlieue, le dictionnaire de l'Académie nous enseigne : RACAILLE. n. f. Nom collectif qui désigne Ce qu'il y a de plus vil et de plus méprisable dans la populace. Il ne faut point se mêler avec la racaille. Je ne veux point avoir affaire avec cette racaille.) Les propos du ministre d'état, ministre de l'intérieur sont peu communs dans le vocable politique de la droite centriste, en revanche ils sont plutôt perçus comme choquants et belliqueux.
Faut-il le signaler, ce dérapage verbal est le deuxième de M. Srakozy, après son carsher de La Courneuve.
La flambée de la violence dans la banlieue perdure depuis deux semaines. Les casseurs et les fouteurs de troubles signent et persistent, une barbarie accrue qui n'épargne rien sur sa route : voitures, édifices publics, bien communs et propriétés privées.
L'arsenal policier déployé sur place, les arrestations successives et le retour à la loi de 1955 parviennent visiblement à baisser les tensions, mais la crise demeure et les mesures annoncées par le premier Ministre restent aussi non-applicables dans une atmosphère fort agitée.
Certains demandent la Démission du Ministre de l'intérieur pour apaiser les esprits échauffés. En effet, sacrifier le N° 2 du gouvernement servira les intérêts des uns et des autres, mais parachèvera certes l'agonie de la V République et annoncera la mort de l'Etat.
Comment apporter alors une issue juste et durable à cette crise qui ébranle la République alors ?
La Crise de la Banlieue était un enjeu électoral durant les vingt dernières années sans pour autant dépasser les affiches et les discours politiques. Des milliards des Francs et d'Euros dépensés sans résultats. Des grands chantiers de façade s'accumulaient, la propagande partisane s'accélérait, et la misère de la banlieue reste. Aucun gouvernement, (de droite et de gauche) n'a essayé de repenser la crise de la Banlieue autrement. Aller au fond de la structure, crever l'abcès et traiter les problèmes radicalement.
La Gauche dépouillée de son succès Mitterrandien a reporté sur la Banlieue son imaginaire idéologique d'une France Multiculturelle. Dans le discours gauchiste, la Banlieue est présentée comme un éloge de la réussite de l'intégration à la Française. La misère, le chômage et l'exclusion demeurent les seules réussites visibles de l'ère gauchiste aujourd'hui dans une Banlieue perdue, frustrée et défavorisée.
La Droite, plus forte depuis la victoire électorale d'avril 2002, a tenté depuis quelques années de reconquérir les zones de non-droit dans la Banlieue, de faire respecter la loi et de nettoyer les cités des bandes rivales et de combattre enfin l'économie clandestine.
Mais cette droite ne s'interroge pas sur les origines de la misère ni sur les racines de la délinquance, selon elle, le phénomène de l'immigration est à l'origine de tous les maux de la société française actuelle.
L'idéologie même de la droite est fondée sur le refus de la société multiculturelle. Malgré cette idéologie ferme et peu homogène par moments, la Droite a toujours essayé - au contraire des socialistes- d'éviter les amalgames. En effet, la Droite a pu intégrer sous son règne plusieurs ministres et sous-ministres issus de l'immigration. (Begag, Saifi, Mekachera...)
La détresse sociale de la majorité des jeunes français, issus de l'immigration est enfin écoutée par la Droite et la Gauche au prix le plus fort. La violence, la barbarie, et la révolte étaient les dernières armes d'une population meurtrie par l'ignorance, l'indifférence et le reclus.
Malgré, les odeurs d'une récupération officieuse des unes et des autres. La tempête s'achèvera certes, mais les séquelles demeureront, des familles bouleversées par la mort, des destins brisés par des comparutions immédiates, des policiers agressés et des édifices brûlés.
<sum />La France est-elle malade ?
<sum />La politique est-elle en décalage avec sa société ?
<sum />Une partie de la population issue de l'immigration est-elle déboussolée et à la marge de l'intégration ?
La fracture sociale s'aggrave et la faille culturelle se creuse entre deux France(s) ; une France intégrée, paisible et laborieuse d'une part, et une France, mal intégrée, agitée et oisive d'autre part.
Reste enfin un seul espoir à exprimer :
<sum />Répandre un savoir équitable pour tous.
<sum />Garantir la chance à l'emploi au-delà de toutes origines raciales ou culturelles.
<sum />Adhérer à une citoyenneté raisonnée et engagée.
Dghim Chiheb
Doctorant en Sorbonne